LITTERATURE ET EDITION

Ceux qui aiment expérimenter

Alexia Aranzueque et Bertrand Duchesne ont créé Atipik, maison d'éditions de promotion de la littérature expérimentale. Rien de pédant mais une jolie aventure dont ils racontent les débuts

Par : MURIEL HIRIGOYEN

Ils sont attablés à un café et leurs têtes semblent avoir une circonférence normale. Pourtant, les entendre parler de littérature expérimentale, au premier abord, ça effraie. Il n'y a pas de quoi. Quand Alexia Arenzueque-Regerat explique, simplement, ce que c'est, on comprend mieux. Cette jeune femme est plus connue à Hendaye pour être la nouvelle attachée culturelle de la commune. Son complice, Bertrand Duchesne, installé à Hendaye lui aussi, travaille dans une entreprise qui fabrique des portails. Ce n'est pas très lié à la littérature, remarque-t-il. Mais cela n'empêche rien.

Si Alexia est grande passionnée de livres et d'écriture, Bertrand Duchesne, lui, aime simplement lire. Comme il aime aussi les paris, il a accepté de s'associer à Alexia pour fonder une maison d'éditions. « Nous sommes partis de rien, nous ne connaissions pas du tout le milieu. J'avais eu l'idée de fonder une maison d'éditions pour allier ce que j'aime et mon travail, raconte Alexia. Mon frère écrit beaucoup, ainsi que quelques amis. Mais je cherchais quelqu'un qui ait des talents de commercial pour m'épauler. » Et comme Bertrand a aussi des talents en informatique, il s'est, en plus, chargé de créer le site internet de leur projet. Ainsi est née Atipik, maison d'éditions associative, « pour la promotion de la littérature expérimentale ». On y revient.

SURTOUT RIEN D'HERMETIQUE

« Qu'est ce que c'est ? Je vais lire la page de présentation de notre site, commence Alexia. C'est " une conception en perpétuel mouvement de l'écriture par une remise en cause du fond et de la forme. Elle déstabilise tous les concepts classiques et évolue avec le monde duquel elle s'inspire. L'écriture se reflète dans l'écriture, la travaille et la manipule sans cesse. Le principe est de dégénérer pour régénérer, détruire pour construire ". « En fait, tout ça c'est le principe de la littérature. Ce n'est vraiment pas nouveau. La littérature expérimentale comprend le surréalisme, des auteurs comme Becket, Ionesco, Topor... Ce n'est pas forcément difficile d'abord. Au contraire, nous ne souhaiterions pas publier des ouvrages hermétiques. Ce n'est pas ludique non plus. Il y a un côté engagé, dans la recherche. » Voilà pour la ligne éditoriale. Elle était claire dès le début. Atipik publiera, si tout se passe bien, deux ou trois ouvrages répondant à ces critères par an, à 200 exemplaires.

Alexia, convaincue du talent de son frère, Frédéric, a choisi d'inaugurer Atipik avec son roman : «Manipulations ». Le « comité de lecture » (Alexia et Bertrand rient, car ce comité n'est composé que d'eux seuls) s'est réuni et a donné son aval. Il ne restait plus qu'à trouver un imprimeur aux tarifs concurrentiels, ce qui a été fait, même pour un tirage aussi modeste. « C'est le grand avantage de la publication en numérique, soulignent les éditeurs. Il permet d'avoir de très petits tirages et des retirages à prix constant. C'est la revanche des petits ! »

TROIS OUVRAGES PAR AN

Après s'être renseignés sur la démarche à suivre, les deux amis ont aussi fait leur demande de numéro ISBN à l'AFNIL (agende francophone pour la numérotation internationale des livres). Ils ont relu le «tapuscrit », Bertrand l'a mis en page; un premier tirage a été effectué, l'auteur y a amené quelques modifications. Puis, le bon à tirer (BAT) a été donné. Le livre devrait sortir lors de la deuxième quinzaine de juin. Reste maintenant à communiquer (Internet, affichage, etc.), et surtout à le vendre, ce qui n'est pas le plus simple. Amis et connaissances en prendront une cinquantaine. Internautes en commanderont sûrement. Comme le veut la loi, et le « Dépôt légal », deux exemplaires seront remis à la Bibliothèque Nationale et au ministère de l'Intérieur. Après, les ouvrages restants seront déposés chez les libraires, à un moindre prix, pour préserver la marge de ces derniers.

Les auteurs ont beau demander une toute petite rétribution, Atipik ne compte pas sur des bénéfices immenses ! La publication a coûté près de 4500 francs à l'association, qui fonctionne pour le moment avec des apports personnels. Ses deux membres aimeraient quand même en retirer l'argent nécessaire pour publier les deux autres ouvrages qu'ils ont choisis. En toute humilité, et sans rire cette fois, ils espèrent bien « combler un vide. C'est banal de dire cela. Mais nous voulons surtout diffuser ce qui nous plaît ». Et que ce qu'ils diffusent, plaise.

ATIPIK, maison d'édition de promotion pour la littérature expérimentale. 7, rue d'Olazo, Hendaye. Sur internet : http : //www.atipik.org Premier ouvrage : « Manipulations » de Frédérick Aranzueque-Arrieta, 14 euros, 91,83 francs.

 

Source : SUD-OUEST du mercredi 20/06/2001
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