Extrait n°1 - Extrait
n°2 - Extrait n°3
Extrait n°1
Note au lecteur en guise de préface
MANIPULATIONS est certainement à ce jour un des plus
mauvais livres qui n'ait jamais été écrit, une
injure, une profanation, une prise de tête, une transgression
littéraire volontaire, digne des pires masturbations intellectuelles
de cette fin de siècle.
J'ai voulu raconter une histoire, si tant est qu'il y en ait une, dans
laquelle rien ne se passe, avec des personnages stéréotypés
et absents soutenus par un style prosaïque, répétitif,
naïf, contradictoire et agaçant (sûrement autant que
cette note).
En m'appliquant et m'acharnant sur la médiocrité littéraire,
jai tenu à montrer que l'écriture sert encore à
quelque chose, même quand elle semble ne rien dire. C'est en allant
au-delà des mots, en dépassant " l'écriture horizontale
" pour pénétrer pleinement dans " l'écriture verticale
" que l'on découvre les richesses de cette expression artistique
qui nous dépasse fort souvent.
MANIPULATIONS est également en plus d'une critique de la littérature
actuelle ou d'un avortement littéraire qui nous plonge dans la
stupidité la plus abjecte et déconcertante, un rejet violent
de la société dans laquelle nous évoluons ou nous
stagnons, devrais-je dire, héritage d'une culture judéo-chrétienne
agonisante.
Le seul mérite de ce livre est peut-être celui d'avoir
consacré à l'homme et à sa société
un ouvrage à son échelle. L'échelle de la putréfaction
intellectuelle.
L'Auteur.
Extrait n°2
...
Il habite une grande maison.
Une grande maison française.
La maison possède un jardin.
Un magnifique jardin. Je pense que c'est important de mettre un jardin
autour de la maison parce que ça fait joli.
Le joli jardin est garni de fleurs, de truies, d'arbres, de rhinocéros
femelles et de feuilles mortes. Bref, un jardin. Le jardin d'une société.
Il se promène souvent dans le jardin. Il n'a pas le choix parce
qu'il ne peut pas sortir de la maison. Il n'y a rien autour. C'est le
vide, le désert. Rien.
La jolie maison et le joli jardin, c'est son univers. Son monde, sa
galaxie, son étoile, sa planète, enfin vous m'avez compris
je suppose.
C'est vraiment important d'avoir un "chez-soi" agréable. En
plus ça fait bien.
Il ne vit quand même pas tout seul. Il a deux domestiques à
son service. L'homme et la femme.
L'homme parle français mais ils ne se comprennent pas, car mon
personnage ne parle pas français. Ils sont obligés de
communiquer au travers de gestes. Je pense qu'il est jeune aussi. Il
doit avoir la trentaine. Il est blond et il a les yeux bleus. Il mesure
un mètre et quatre-vingt dix centimètres. D'ailleurs il
est curieux de constater qu'il ressemble étrangement à
mon personnage. Il m'arrive parfois de les confondre. C'est fâcheux !
...
Extrait n°3
...
Toc toc toc.
Le Prêtre entre dans la bibliothèque.
Il s'assoit sur le même fauteuil que le précédent
formateur.
Il n'est pas très grand bien qu'il porte d'excentriques chaussures
à talon rouge semblables à celles des putes du quartier
de Pigalle à Paris.
Son visage est fin et émacié, il a l'allure d'un mannequin :
ses yeux sont vert bouteille, ses lèvres pulpeuses, sa peau douce
comme un cul de bébé, ses sourcils savamment épilés
éclaircissent davantage son regard selvatique, son buste laisse
deviner une musculature fine bien que sa soutane trop grande pour lui,
cache cette beauté refoulée derrière un accoutrement
michelangélique.
Sa main droite, prude et délicate porte avec grâce la
Bible de Jérusalem, l'édition éditée en
1969.
Il sourit gentiment et semble quelque peu intimidé par la beauté
de mon personnage blond aux yeux bleus.
...